Le puroresu n'est pas un style en soi, il n'est que l'abréviation d'un terme signifiant "Professional Wrestling" en japonais. Bien sur vous remarquerez des similitudes entre les différents styles que je vais présenter:
Le puroresu, une vision de la lutte particulière.
- Une violence plus forte des coups portés.
En général on parle de "stiffness". Bien que les coups de poing ne soient que rarement utilisés, l'usage des kicks, atémis et coudes sont légion. L'essentiel des prises sont aussi portés avec plus de force ou sur des parties du corps plus sensibles aux blessures. Tout cela dans un but de réalisme plus important.
- Une façon différente de construire les matchs par rapport à la lutte américaine.
Plein d'éléments entrent en ligne de compte mais ce qu'on peut dire, en tout cas c'est le sentiment que j'ai, c'est que un match de puro ne peut se voir et se juger de la même façon qu'un match de lutte américaine. Alors que le match de lutte américaine met toujours l'accent sur celui qui défend, celui qui se prend les coups, le match de puro met avant l'accent sur celui qui porte les coups. Alors que devant de la lutte américaine on se demande "que va-t-il devoir encaisser pour le battre?", devant de puro on se demande plutôt " que va-t-il devoir porter pour le battre?". Les notions de selling, de construction des matchs que vous avez sont légèrement différentes dans le puro à cause de cela.
- Pas de gimmicks mais des caractères et des styles.
En effet, les segments au micro sauf dans certaines fédérations Indy sont rares, c'est aux lutteurs dans leur match, par leur façon de lutter et leur attitude, leurs réactions de se construire une personnalité, un caractère. Le meilleur exemple que je pourrais prendre serait celui de Kawada, un lutteur majeur des années 1990 et qui lutte encore. Son visage était toujours inanimé, dénué d'expression, et son style se base sur des kicks a outrance d'une violence inouïe et il lui arrive de les porter avec nonchalance. Le personnage de Kawada est posé: un lutteur qui parait arrogant, sans c½ur et quasi sadique dans sa manière de frapper son adversaire.
Une fois ces grandes lignes posées il me reste pour moi à vous définir les différents styles et fédérations. Je ne parlerais pas de chaque fédération en détail. C'est le manque de média qui m'empêche de juger certain indies en détail.
Pour commencer un peu d'histoire.
Strong Style et King's road à l'origine de trois fédérations de nos jours.
Aie aie aie. C'est quoi ces appellations barbares?
On va y venir. En 1972, sur les cendres de la JWA, fédération tentaculaire japonaise qui implose lentement depuis la mort de son fondateur Rikidozan 8 ans plus tôt naissent deux fédérations, la NJPW (New Japan Pro Wrestling) d'Antonio Inoki et l'AJPW (All Japan Pro Wrestling) de Giant Baba.
Ces deux fédérations vont se construire a partir de deux visions de la lutte différentes: la New Japan qui devient la fédération la plus populaire et ce encore jusqu'à aujourd'hui, se base sur le strong style qui prône le réalisme des matchs, la technique, des matchs ou le selling a une place très importante. Ce style survit encore jusqu'à aujourd'hui. Il a évolué au fil des temps mais les détails seront pour d'autres chroniques. Les stars montantes de la NJ que sont Shinsuke Nakamura, Hiroshi Tanahashi, Hirooki Goto perpétuent ce style dans des matchs de très grande qualité et qui brillent par l'intelligence de leurs constructions (comment ne pas citer Tanahashi vs Nakamura de février dernier).
La Ajpw a un style qui est dénommé King's road. Il vient d'un mélange des attributs du puroresu que j'ai déjà cités et de l'apport des lutteurs de la nwa dans les années 80 qui venaient faire des matchs face aux japonais. La construction de matchs se base donc sur la façon qu'ont les lutteurs de chercher à placer leur big moves, leurs finishers et tout le match tourne alors autour de "quel peut être sa façon de placer son backdrop driver" etc... Mais aussi la ou la notion de compétition est la plus présente a la NJ pour expliquer l'interaction entre les lutteurs, les caractères et la personnalité des lutteurs dans le kayfaybe joue un rôle essentiel dans la construction du match. La rivalité Misawa- Kawada en l'exemple même.
Ce style connaitra son age d'or dans les années 90 mais cela fera l'objet de beaucoup d'autres chroniques. Mais en 2000, suite à la mésentente entre la veuve de Baba et Misawa, ce dernier crée la Pro Wrestling Noah (en référence à l'arche) avec 25 des 27 lutteurs de la AJ. La Ajpw, un temps dirigé par la veuve de Baba et Kawada prend une toute autre direction et adopte le strong style, un style de show très gimmické, avec des personnages semblant être tirés de mangas. Le fat que cette fédération soit aujourd'hui dirigé par Keiji Mutoh depuis, lutteur majeur de la NJ pendant très longtemps est le signe de cette adoption du strong style. Kaz Hayashi, Minoru Suzuki sont des juniors heavyweight (poids légers) plein de talent qui sont très sous estimés mais la division heavyweight est à la peine. Elle est à la frontière des fédérations Indy.
Passons à la noah. Cette fédération pourrait être considéré comme l'héritière de la Ajpw, cependant, elle a du mal à se trouver une identité et il ne reste de King's Road que de lointains héritages. Cependant, elle propose un produit de grande qualité, très diverse, a la fois grâce a ses juniors heavyweight qui propose des matchs spectaculaires techniques et basés sur une stiffness omniprésente (Kenta le champion actuel en est l'incarnation). Sa division heavyweight est en cours de reconstruction avec l'arrivée de Shiozaki, le nouveau Ghc heavyweight champion suite aux blessures d'Akiyama et la mort de Misawa qui a tout perturbé. Avec Shiozaki, Kensuke Sasaki, Jun Akiyama, Takeshi Morishima et d'autres, cette division a un grand potentiel. Il reste à le transformer. Sinon la Noah pourrait être en train de vivre ses dernières heures malgré sa place de deuxième fédération majeure au Japon.
Le Lucherasu: Michinoku Pro, Toryumon, Dragon Gate.
Le style de ces fédérations se base sur un mélange entre le spotfest et une application de certaines caractéristiques spectaculaires de la lucha libre mexicaine. Je ne développerais pas trop l'histoire de la Michikonu et du Toryumon car la seconde a disparu et les matchs et shows récents de la première sont introuvable. Je me concentrerais sur la Dg.
Elle se base sur des gimmicks, des segments au micro et un booking qui ferait rouir d'envie Vince Russo. Je dois avouer que comprendre ainsi chaque feud, chaque renversement d'alliance dans les clans n'est pas toujours évident si comme moi, vous ne parlez pas japonais. Mais cela est compensé par une habilité technique des lutteurs dans un ring qui est tout simplement incroyable. Bien que tournant souvent au spotfest, ces matchs sont les plus rapides que vous trouverez et si vous rentrez harasser chez vous d'une journée de dur labeur et que vous avez envie de vous détendre, les matchs de Naruki Doi, Masato Yoshino, Shingo Takagi, BxB Hulk seront les matchs de lutte de la situation. Que ce soit leurs shows de 55 minutes les dragon gate infinty accessibles très facilement ou leurs ppvs qui sont en moyenne de 5 l'année, vous passerez toujours un moment sympa.
Le puro est à la fois l'incarnation d'une vision de la lutte à lui tout seul mais il est très divers et il y en a pour tous les gouts. Je n'ai pas été très positif au sujet de certaines fédérations. Il faut comprendre que l'âge d'or du puroresu est passé et que les meilleurs shows ou matchs que vous verrez seront dans les années 1990. Je vous conseille de commencer par regarder le puroresu avec des shows récents en entier si possibles. Le puroresu se caractérise par une densité importante de la qualité de ces matchs encore aujourd'hui donc vous ne devriez pas avoir de problème pour aimer ce que vous regarderez.
J'espère que cet article vous aura incité à suivre le puroresu. C'est tout ce qui compte après tout.